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Petit guide de l’auto-édition [1/2]

Cet article, « Petit Guide de l’Auto-Edition », en 2 parties est entièrement rédigé par Mao, autrice des Chroniques D’Eyridian et du blog Des Images et Des Cases

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Les chiffres du marché de l’édition sont impressionnants et peuvent faire légèrement tourner la tête. De plus en plus d’auteurs et d’autrices tentent leur chance et envoient leur manuscrit aux maisons d’édition traditionnelles, espérant leur taper dans l’œil… Et plusieurs d’entre eux et elles réussissent !
D’autres décident, suite à un refus, par choix personnel ou pour tout autre raison, de passer par une voie « détournée » de nos jours, mais historiquement éprouvée : l’auto-édition.
Si c’est votre cas, voici un petit guide pratique de l’auto-édition (article que nous aurions pu appeler « tout ce que j’aurais aimé qu’on me dise avant de me lancer dans cette aventure complètement folle »).

Étape 1 : Ne pas oublier d’avoir écrit quelque chose.

Je sais, ça paraît bête, mais… Pour se lancer dans l’auto-édition, il faut avoir écrit quelque chose. Cela ne sert à rien de se lancer dans des dizaines de démarches administratives si vous n’avez rien à raconter. Quand je dis qu’il faut avoir écrit quelque chose, ça veut également dire qu’il faut l’avoir corrigé et relu. Nous ne parlerons pas, dans cet article, de tout ce qu’il se passe pendant l’écriture, des petites astuces pour s’y mettre, pour s’y tenir, pour ne pas lâcher ; nous ne parlerons pas non plus de plans ou des méthodes, des jardiniers, des sculpteurs ou des architectes. Ce qui nous intéresse c’est ce qu’il se passe après, quand vous avez réussi, quand vos mois de dur labeur (et d’intenses délices) ont donné vie à un petit pavé, à votre histoire à vous, à votre petit bébé-roman.

Comment s'organiser dans l'auto-édition ?

Étape 2 : Réfléchir à la plateforme de publication.

L’auto-édition, c’est vraiment très très cool, mais ça veut dire énormément de travail. Vous pouvez vous la jouer Shiva Nataraja et comparer plusieurs imprimeries en ligne, choisir celle qui sera le plus avantageuse pour vous, puis vous inscrire à la main sur tous les distributeurs en ligne (Amazon, Carrefour Kobo, ce genre de distributeurs…), mais c’est un travail long, harassant et parfois impossible.

Il existe plusieurs plateformes d’auto-édition qui font ce travail-là pour vous, si vous leur concédez un certain pourcentage de vos royalties. Pour des débutant-e-s en la matière, c’est peut-être mieux d’avoir toutes vos informations de ventes concentrées au même endroit, mais ça veut aussi souvent dire moins de visibilité, ou en tout cas, des informations qui mettront plus de temps à arriver. Ces plateformes qui inscrivent elles-mêmes vos livres sur les sites distributeurs ont aussi souvent des offres « forfait » dont je parlerai plus bas. Si on y réfléchit bien, elles offrent certains des services d’une maison d’édition, mais c’est vous qui payez directement les différents prestataires, et c’est à la carte.

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Deux des plateformes dont j’entends le plus parler en terme d’auto-édition en 2019/2020 sont Bookelis et Lulu. Il y a cependant bien d’autres plateformes qui sont là et proposent des choses très bien. Le choix vous revient, et cela dépend fortement de ce que vous visez.

Attention à ne pas confondre les plateformes d’auto-édition et les prestations de « Maison d’édition à compte d’auteur », dans lesquelles vous payez l’éditeur pour qu’il fasse son travail et avez à distribuer et assurer la promotion de votre livre vous-même. Cette option coûte sensiblement plus cher !

Comparatif de certaines imprimeries : https://publiersonlivre.fr/imprimer-livre/liste-comparative-imprimeurs-de-livres-a-demande/

Étape 3 : Demander un ISBN

À quoi ça sert, l’ISBN, et est-ce que c’est obligatoire ?

L’ISBN c’est la suite de chiffres un peu obscure que vous voyez en quatrième de couverture sur vos livres physiques et dans les pages d’informations légales sur vos e-books. Il est obligatoire autant dans l’édition « traditionnelle » que dans l’auto-édition et correspond à une édition d’un livre, permettant aux libraires et à tout autre organisme de vente/de distribution de retrouver une édition particulière. Attention, une édition = un format. Disons par exemple que vous distribuez votre livre en format numérique et physique, vous aurez besoin de deux ISBN, un pour chaque format.

Un ISBN est unique : lorsqu’il a été utilisé, on ne peut plus l’exploiter pour une autre édition.

Pourquoi réfléchir à votre plateforme de distribution avant de demander un ISBN ? Tout simplement car certaines d’entre elles vous proposent leurs propres ISBN gratuitement. Pour un test d’auto-édition ou si vous ne souhaitez pas vous prendre la tête dès le départ, c’est intéressant. Sinon, vous allez devoir commander des ISBN via l’AFNiL (Agence Francophone pour la Numérotation Internationale du Livre ) et votre première commande vous coûtera de l’argent (qui sont apparemment des frais de dossier). Cette étape est à faire bien en amont de la distribution de votre livre, car le délai de traitement des demandes d’ISBN est en général de trois semaines. C’est un investissement et c’est un peu long, mais le côté positif c’est que vous n’avez à le faire que de temps en temps car l’AFNIL délivre plusieurs ISBN d’un coup !

Vous pouvez obtenir des ISBN via l’AFNIL ici.

L'édition en chiffres en 2018 - infographie
L’édition en chiffres en 2018

Étape 4 : Relire, corriger, mettre le point final

Je sais, je sais. Si vous avez scrupuleusement suivi toutes les étapes de ce petit guide dans l’ordre, votre roman a déjà été à peu près corrigé. Oui. Cependant, je vous suggère fortement de laisser mijoter votre manuscrit plusieurs semaines et d’en faire une relecture globale afin de le finaliser. En effet, à quelques semaines (mois ?) d’écart, vous serez plus à même de voir les incohérences du récit, les redondances, les arcs inachevés, et toutes ces petites choses qu’on ne remarque pas forcément quand on est en pleine frénésie d’écriture. Cela vous permettra de corriger les petites coquilles qui pourraient rester.

Vous pouvez faire appel à des correcteur-ices ou/et à ce qu’on appelle dans le jargon des bêta-lecteurs et lectrices, qui sont vraiment indispensables si vous voulez publier quelque chose qui se rapproche d’un rendu professionnel. Évidemment, si ce sont des professionnel-le-s payé-es c’est mieux, mais vous pouvez aussi exploiter vos proches. Ces personnes sont essentielles car elles vont porter un regard extérieur sur ce que vous avez écrit et pointer les choses à améliorer, les évidences qui ne le sont pas pour tout le monde, les personnages ou actions qui méritent plus d’attention ou encore à l’inverse, les moments à abréger, et plein d’autres choses auxquelles vous n’auriez pas pensé.

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Si vous vous lancez dans l’auto-édition, c’est que vous voulez être lu-e par quelqu’un d’autre que vous-même, et la bêta-lecture est le premier baptême du feu de votre livre, dans un environnement positif et contrôlé. La correction est également extrêmement importante. La présence de fautes d’orthographe est ainsi l’une des premières raisons qui font que quelqu’un repose un livre – et ce n’est pas ce que vous voulez, n’est-ce pas ? -.

Il existe plusieurs services d’auto-édition qui proposent une sorte de « forfait » relecture / correction, vous pouvez vous tourner vers ceux-ci si vous n’avez personne pour vous aider et que vous ne savez pas où chercher. Il y a également sur Twitter une plutôt grosse communauté de correcteurs, correctrices, et bêta-lecteurs, vous pouvez y passer une annonce, vous aurez certainement des réponses !

Étape 5 : Mise en page, informations légales et couverture

Voici venue l’étape un peu délicate pour toutes les personnes qui n’ont pas de formation de graphiste ni de maquettiste. Vous savez, bien sûr, que la mise en page des livres suit des codes préétablis, et qu’il est de mauvais goût de les bousculer (ou en tout cas, de trop en bousculer d’un coup). Les lecteurs et lectrices sont habitués-e-s à une certaine façon de lire et si vous n’êtes pas sûr-e-s de vous, il vaut mieux ne pas les perturber et les laisser déguster votre histoire sans qu’ils aient à se demander pourquoi vous sautez trois lignes entre chaque paragraphe et pourquoi il n’y a aucune majuscule dans votre roman.

Bookelis fait un très bon rappel de mise en page ici.

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Outre la mise en page basique d’un texte, il faut aussi prendre en compte le fait que votre livre sera potentiellement imprimé ou distribué sur des supports différents. La plupart des plateformes d’auto-édition vous fournissent des gabarits qui vous facilitent grandement la vie et qui vont leur permettre de traiter votre texte le plus correctement possible.

Pour les plus téméraires d’entre vous, vous pouvez créer vos propres gabarits en utilisant des styles personnalisés, puis transformer, si vous publiez numériquement, vos documents textes en .epub ou .mobi grâce à des logiciels comme Calibre ou des sites comme Convertio. Ce ne sont que des exemples, il existe bien d’autres moyens et des logiciels spécialisés, à vous de trouver les outils qui vous conviennent le mieux. Encore une fois, les plateformes d’auto-édition joueront ici un rôle bien pratique puisqu’elles proposent toutes d’automatiquement transformer votre document (Word, PDF, ou autre) en format e-book, généralement epub et mobi.

Informations légales.

Votre roman est mis en page, mais attention, il ne faut pas oublier les informations légales obligatoires qui doivent s’y trouver. Sur la page précédant la page de titre, vous pouvez préciser le nom ou la raison sociale de l’éditeur (c’est vous). Peu le font.

Au verso de la page de titre (sur laquelle vous avez le titre et l’auteur-ice), vous devez mettre l’ISBN, la mention de la plateforme que vous utilisez (si c’est le cas) : « Ce livre a été publié sur… (nom de la plateforme) » ; le nom et éventuellement les contacts des personnes qui ont travaillé avec vous sur le livre (illustrateur-ice, correcteur-ice…) ainsi que les différents articles de loi ou copyright que vous voulez utiliser.

Exemple d’un article de loi à intégrer : « Le Code de la propriété intellectuelle et artistique n’autorisant, aux termes des alinéas 2 et 3 de l’article L.122-5, d’une part, que les « copies ou reproductions strictement réservées à l’usage privé du copiste et non destinées à une utilisation collective » et, d’autre part, que les analyses et les courtes citations dans un but d’exemple et d’illustration, « toute représentation ou reproduction intégrale, ou partielle, faite sans le consentement de l’auteur ou de ses ayants droit ou ayants cause, est illicite » (alinéa 1er de l’article L. 122-4). Cette représentation ou reproduction, par quelque procédé que ce soit, constituerait donc une contrefaçon sanctionnée par les articles 425 et suivants du Code pénal. »

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On peut aussi mettre : « Tous droits de reproduction, par quelque procédé que ce soit, d’adaptation ou de traduction, réservés pour tous pays. » / « L’auteur/l’autrice est seul-e propriétaire des droits et responsable du contenu de ce livre. »

Le copyright n’est pas reconnu en France mais c’est assez stylé de le mettre, et puis on ne sait jamais. Il se présente ainsi : © Année Nom .

Sur la dernière page du livre (page vide, attention !) devront figurer la mention « achevé d’imprimer en France / le pays dans lequel se trouve votre imprimerie, plus éventuellement l’adresse de l’imprimerie si vous la connaissez », la date du dépôt légal (vous n’avez besoin que du mois et de l’année, et certains utilisent les trimestres ou semestres, plutôt pratique si vous ne savez pas exactement quand vous allez déposer votre livre), et si votre roman est un roman jeunesse, la mention « loi n°49-956 du 16 juillet 1949 sur les publications destinées à la jeunesse » suivie du mois et de l’année de dépôt à la CSCPJ (voir la partie sur le dépôt légal). Le dépôt légal et la mention d’impression ne sont pas nécessaires dans un livre numérique.

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Et voilà ! Vous êtes dans les clous et votre livre est rempli des infos légales qu’il faut ! Il vous faut à présent préparer un écrin à la hauteur de l’histoire dans laquelle vous avez mis toutes vos tripes… Vous pouvez faire appel à des graphistes, illustrateur-ices, photographes, bidouiller vous-même sur canva.com ou Gimp, mais pour un livre papier il est essentiel que l’ISBN et le code-barre qui l’accompagne soient présents sur la quatrième de couverture (là où on met le résumé). Pour créer un code-barre, il existe plein de petits générateurs sur le net qui font très bien le travail, comme Barcode.tec ou sur Autres-talents.fr . Il faut absolument que le code-barre soit en noir sur blanc, sans fioritures. Le prix du livre devra également figurer sur la quatrième de couverture, et oui, c’est le moment de vous demander combien vous voulez gagner par exemplaire.

Attention, ce prix est censé être fixe, et il sera le même sur toutes les plateformes. On conseille parfois de faire terminer le prix soit par ,49 soit par ,99 pour les e-books car certains sites marchands refusent d’autres types de prix.

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Vous pouvez également proposer un prix libre, mais je ne suis pas certaine que vous puissiez passer ensuite par des distributeurs et des diffuseurs « traditionnels », je pense qu’il faudra vous occuper vous-même de l’envoi et de la réception du paiement pour vos livres.

Voici des liens pour vous aider à trouver des collaborateur-ice-s avec qui travailler sur votre livre : https://www.laplumedevosauteurs.com/ (Menu « Edition » > Illustrateurs / Correcteurs ) et https://www.book-station.fr/ .

Vous avez mis en page votre livre, que ce soit à l’intérieur et à l’extérieur. Vous avez décidé du prix de votre création et vous avez fait en sorte qu’il soit légalement valide : c’est parfait ! Bravo ! Il ne reste que quelques formalités administratives avant de lancer votre bébé avec l’eau du bain dans l’immense pataugeoire des livres auto-édités.

De quoi se compose une couverture ?
Couverture des Chroniques d’Eyridian T.2 passée au crible

Étape 6 : Dépôt légal à la BNF

Le dépôt légal est obligatoire pour toute publication papier (excepté les publications distribuées dans le cadre familial). Si vous faites de l’auto-édition uniquement numérique, vous n’avez pas besoin de faire de dépôt légal, car les petits robots de la BNF s’en occupent pour vous.

Si vous publiez votre livre au format papier, c’est une autre histoire.

Pourquoi déposer légalement votre livre ? Déjà, cela vous protège contre tout plagiat. En effet, vous avez une preuve et une date officielle de dépôt de votre histoire. Ensuite, cela permet à tout le monde de trouver facilement les caractéristiques de votre bouquin (et quand je dis tout le monde, c’est tout le monde ! Ça facilite grandement la distribution du livre). Enfin, parce que si vous ne le faites pas et que la BNF vous tombe dessus, vous pouvez avoir une amende qui peut monter jusqu’à 75 000€, ce qui serait dommage. Autant prendre trois minutes pour déposer votre livre.

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Vous avez deux façons de le faire, mais un seul organisme de référence : la BNF (Bibliothèque Nationale de France).

– Si vous voulez passer par notre bonne vieille Poste et utiliser du papier, vous pouvez télécharger les formulaires de dépôt sur le site de la BNF, les remplir et les renvoyer à l’adresse indiquée sur le formulaire en trois exemplaires.

– Si vous êtes plutôt « nouvelle école », vous pouvez créer un compte sur l’extranet dédié et remplir le formulaire de dépôt numériquement.

– Dans les deux cas, il faudra envoyer un exemplaire papier de votre livre à l’adresse indiquée sur le formulaire de dépôt. L’envoi est gratuit, il suffit d’écrire sur l’enveloppe contenant votre livre, à l’emplacement du timbre, « Franchise Postale, Dépôt légal, Code du Patrimoine Article L132-1 ». Si vous avez la chance d’habiter aux alentours de Paris, vous pouvez aller déposer vous-même votre livre à la BNF, après avoir contacté le service de dépôt.

Et paf ! Votre publication fait désormais partie du patrimoine universel !!! C’est pas ultra cool, ça ?!

Attention, si vous faites une publication jeunesse, il faudra également envoyer deux exemplaires à la Commission de surveillance et de contrôle des publications destinées à l’enfance et à l’adolescence (CSCPJ). Vous avez plus d’infos ici.

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Pour continuer à parler d’auto-édition, vous pouvez retrouver notre chronique d’A Feu et a Sang de Matt Dejouy, n’hésitez pas à aller jeter un œil au dernier Parlons d’Art , où nous discutons avec l’artiste Ilumi Forest mais parlons aussi de Artemisia Gentileschi. Nous vous invitons également à aller (re)découvrir l’interview du bédéiste Nob !

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Author : Mathieu Bert

Auteur de chefs-d'oeuvre non-publiés, producteur de musiciens grandioses dans des bars inconnus et talent de sa génération avec un boulot à coté^^

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