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Parlons d’Art ! Avec Troqman

Parlons d’Art ! Avec Troqman

Tous les mardis, venez prendre votre dose artistique avec Parlons d’Art ! Sur notre palette, nous vous proposons l’interview d’un.e artiste, la découverte de l’histoire d’une peinture célèbre, et nous vous présentons une femme artiste qui a marqué par sa créativité ! Cette semaine, découvrez Troqman qui crée en jouant avec son environnement. Egalement, venez lire l’histoire d’une peinture de Paul Cézanne, ainsi que celle de Georgia O’Keeffe.

L’Artiste de la Semaine : Troqman

Nous vous proposons chaque semaine de découvrir – sous forme de 3 questions – un.e nouveau.elle artiste. Il/elle raconte au Scribouillard son parcours, ses difficultés et ses influences artistiques.

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Dessin © Troqman

Pouvez-vous vous présenter et nous parler de votre travail artistique ?

Je m’appelle David Troquier, je suis français mais je vis depuis 5 ans a Amsterdam. Je travaille comme directeur artistique dans une agence mais aussi en tant qu’illustrateur dans mon temps libre. 

Dans mon travail illustratif, j’essaie de mélanger mes personnages et de les confronter a l’environnement réel. Le support carnet de croquis, l’environnement, deviennent des personnages a part entière. J’essaie de regarder et d’ouvrir les yeux sur tout ce qui nous entoure, tout ce qui fait parti de notre quotidien mais qu’on ne discerne pas tant on est habitué. Tout peut être source d’inspiration pour peu qu’on sait regarder. Comme je dessine petit sur des carnets, je m’attache aux détails, un pavé, une marche, une fleur dans un parc… C’est un peu comme si je cherchais a zoomer au maximum dans notre réalité pour en trouver des nouvelles histoires a une échelle 1/100 eme. 

L’inspiration vient assez subitement. Je ne cherche pas l’idée spécialement en me baladant mais je suis toujours en éveil et curieux de ce qui m’entoure. J’aime bien observer les gens, les attitudes, les comportements, les détails, les petites imperfections dans ce qui nous entoure car c’est ce qui rend notre vie plus intéressantes. 

« Je dessine principalement dans l’espace urbain c’est vrai, parce que je pense que je n’ai jamais fini de l’explorer « 

Par exemple, je vais voir un pavé manquant dans une ruelle et dans ma tête des tas d’histoires vont arriver. Pourquoi ce pavé est-il manquant ? qui l’a enlevé ? Est-ce qu’il y avait quelque chose dessous ? Est-ce que ce pavé est ailleurs maintenant ? et ou est-il ? Et de ces histoires que j’imagine, je vais bien souvent prendre la plus drôle, celle qui me fait le plus rire et que je trouve la plus surprenante. L’humour est très important et j’essaie de considérer notre environnement de tous les jours comme un grand terrain de jeu, ou tout est potentiellement une histoire ou une idée. 

Et contrairement au street art, j’utilise l’environnement et mes carnets pour créer des images qui n’existent que de façon virtuelle. Pas de peinture sur les murs ni d’affiche ou de pochoirs, les scènes que je représente vivent le temps de prendre la photo puis disparaissent de la réalité. Un peu comme la vraie vie finalement. On prend une photo a un moment donné et un endroit donné, on la poste sur ses réseaux sociaux et puis on passe a autre chose.

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© Troqman

J’ai commencé ce projet pendant des vacances en Grèce il y a quelques années. J’avais emmené avec moi des carnets en pensant faire des dessins de paysages, de locaux… Mais la réalité c’est que je m’ennuie a recopier la réalité. Et je me suis rendu compte que je m’amusais plus à rajouter quelque chose sur mes carnets pour « compléter » cette réalité et lui donner un nouveau sens, une nouvelle histoire. 

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Je dessine principalement dans l’espace urbain c’est vrai, parce que je pense que je n’ai jamais fini de l’explorer, j’adore me balader au hasard et emprunter des ruelles, des passages, des courettes.. mais quand les conditions météo ( Amsterdam oblige) l’exigent, ça m’arrive aussi de jouer avec l’environnement chez moi, j’essaie de laisser l’inspiration venir du mobilier, de mon four ou de mes deux chats 🙂 Je n’ai pas vraiment d’autre motivation que de m’amuser avec l’environnement urbain et les objets du quotidien. 

Et dernièrement, pendant ce confinement, je me suis amusé des réactions absurdes des gens qui se ruaient sur du papier toilette, créant eux-même les pénuries qu’ils redoutaient. Du coup le support devient le rouleau de papier , le format n’est plus plat sur un carnet mais arrondi, le papier est de moins bonne qualité, ça ajoute un challenge supplémentaire a la créativité. 

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Le confinement, vu par © Troqman

Avez-vous connu des difficultés, des périodes creuses ?

C’est difficile de juger parce que je ne vis jamais totalement et a plein temps de mes illustrations. Dans la vie, je suis aussi directeur artistique dans la publicité et c’est la combinaison des deux milieux qui me convient le mieux je trouve. La publicité me donne un rythme et une structure, et aussi une ouverture sur le monde artistique globale. A l’inverse l’illustration me laisse d’avantage planer, errer, me donne le temps de chercher, de tâtonner, d’essayer des mauvaises idées… des nouveaux médiums… Je ne me force jamais à respecter un rythme de publication sur Instagram ou facebook par exemple parce que je préfère publier des images dont je suis content, et je laisse la pression a mon travail dans la publicité, pas sur mes dessins. 

Quelles ont été vos influences dans le domaine artistique, et quels sont vos artistes préférés ?

Mes premières expériences artistiques sont arrivées via la bande dessinée. J’ai commencé a lire avec elles et j’ai toujours été fasciné par le mélange d’histoire et d’illustrations. J’ai commencé a lire avec Astérix, Gaston et Tintin et j’essayais de recopier des histoires. Et puis en grandissant j’ai élargi mes lectures, romans graphiques, comics, manga. Bizarrement si je dois retenir des artistes de bande dessinée, je retiens beaucoup de scénaristes qui m’ont vraiment marqué : Goscinny et Goetlib pour l’humour absurde, Alan Moore, Jodorowsky pour la fantasy…

J’ai découvert et commencé à m’intéresser plus tard au monde de l’art. Par le biais d’un prof d’art plastique qui nous parlait pendant des heures d’artistes et de mouvements. J’ai toujours eu depuis de l’affection pour les surréalistes et la folie qu’ils ont insufflée dans le milieu de l’art. Et également les artistes conceptuels ( Jean-Pierre Raynaud, Sol LeWitt, Sophie Calle ), les artistes brut (ce qui fascine surtout ce sont les histoires et les processus de créations des artistes. Je peux passer plus de temps a lire les descriptifs et les histoires des artistes qui ont conduit a réaliser ces œuvres, qu’a regarder l’oeuvre elle-même parfois) 

J’aime aussi le street art et comme je disais plus haut les créations qui utilisent la rue et l’environnement comme un véritable élément de la création. Par exemple Helen Nodding qui créé des villes miniatures dans des trous de murs. Isaac Cordal et Slinkachu qui créent des scènes miniatures dans la rue, utilisent des escargots comme support… L’artiste ACommonName qui fabrique et colle des géodes brillantes dans des craquelures de murs…

Pour en savoir plus sur l’artiste, vous pouvez aller faire un tour sur son compte instagram Troqman :

Canevas d’Autrefois : Paul Cézanne et sa peinture de Sainte-Victoire

Toute oeuvre d’art possède une histoire. Découvrez celle qui se cache derrière ce célèbre tableau.

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Paul Cézanne, peintre impressionniste, révolutionnera la peinture et posera les bases de l’Art Abstrait. L’une de ses œuvres les plus connues est une série de peinture qu’il réalisera sur la montagne Saint-victoire, dans sa provençale et adorée terre natale. Cette montagne deviendra son obsession, sa muse.

Afin de pouvoir capter toute l’essence de ce colosse aux formes exigeantes, il en fera 87 tableaux et usera pour cela de multiples couleurs, allant de l’ocre au bleu ciel. Il utilisera deux médiums : la peinture à l’huile et l’aquarelle.

Son travail autour des volumes de la perspective, mais aussi de la lumière

En cela, même s’il emprunte sa technique de l’impressionnisme, il veut s’en éloigner également. En effet, il ne veut pas se contenter de réaliser seulement une impression de paysage de sa Sainte-Victoire. Cézanne recherche le durable, le concret et de ses œuvres se dégagent une sensation de cohérence, de réalisme.

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A propos de Sainte-victoire, il écrivait : « Longtemps je suis resté sans pouvoir, sans savoir peindre la Sainte-Victoire parce que je l’imaginais l’ombre concave, comme les autres qui ne regardent pas, tandis que, tenez, regardez, elle est convexe, elle fuit de son centre. Au lieu de se tasser, elle s’évapore, se fluidise. Elle participe toute bleutée à la respiration ambiante de l’air. » 

Peindre d’après nature, ce n’est pas copier l’objectif, c’est réaliser ses sensations. – Paul Cézanne

S’il la place d’abord, timidement, en toile de fond de ses peintures, il finira par l’apprivoiser de plus en plus, jusqu’à placer la montagne au centre même de ses œuvres.

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Son obsession est telle qu’elle lui coûtera la vie. En effet, alors qu’il était en train de peindre sa montagne adorée, un orage soudain s’abat dans la région. Tenace, il décide de continuer sa peinture coûte que coûte, ce qui lui vaudra d’attraper une violente pneumonie qui lui arrachera la vie huit jours plus tard, alors âgé de 67 ans. Cézanne avait consacré ses dernières années entièrement à sa muse Sainte-Victoire, et désirait mourir le pinceau à la main. Son souhait s’est donc exaucé et son obstination et sa passion aura marqué Sainte-Victoire dans l’histoire pour l’éternité.

Histoire de Créatives : Georgia O’Keeffe

Venez à la rencontre de célèbres femmes talentueuses et créatives, qui luttent pour la cause féminine à travers leur art !

1887 – 1986

Considérée comme l’une des peintres modernistes et précisionnistes majeures du XXème siècle, Georgia O’Keeffe est surtout associée à ses tableaux de fleurs très variés.

Faisant partie des précurseurs du mouvement abstrait américain, elle en sera notamment un exemple unique d’expression féminine.

Cependant, cette artiste n’a pas toujours été ce qu’elle est. En proie aux doutes quant à sa capacité à peindre, elle cessera de peindre pendant plusieurs années.

C’est grâce à sa rencontre avec Arthur Wesley Dow qui l’encourage à recourir à de nouveaux modes d’expression en exploitant la ligne, la couleur et les ombres, qu’elle va se remettre à l’art.

Georgia ne peint pas ce qu’elle voit, mais ce qu’elle ressent. Ses formes très dépouillées, son minimalisme et ses couleurs vives ne cherchent pas à retranscrire une réalité mais des émotions. « Je sais que je suis incapable de peindre une fleur, je ne sais pas non plus peindre le scintillement du soleil sur le sable par un beau matin d’été, mais j’espère pouvoir à travers la couleur transmettre mon expérience de la fleur ou l’expérience que la fleur rend importante pour moi à un moment donné.« , expliquait-elle.

Elle sera la muse du photographe et galeriste Alfred Stieglitz qu’elle épousera plus tard. Celui-ci n’aura de cesse de l’encourager dans son art et de la mettre en avant, elle, ainsi que son talent.

Dans sa série de peintures sur New-York, là où elle et son mari habitait, la ville prend des allures oniriques. Pour elle, New-York ne peut se retranscrire que par ce qu’elle dégage comme émotions.

J’ai trouvé que je pouvais dire des choses avec la couleur et les formes que je ne pourrais pas dire autrement — choses pour laquelle je n’avais pas de mots – Georgia O’Keeffe

Pour des raisons de santé, elle ne peut rester dans la ville qui ne dort jamais. Le couple s’installe alors au Nouveau-Mexique. Les formes, les paysages et la lumière de cet état sont tellement différents qu’ils donnent un nouveau souffle à son art. Elle sera fascinée par cet endroit et représentera de nombreuses peintures de paysages très colorés.

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Black Mesa Landscape, New Mexico / Out Back of Marie’s II’ de Georgia O’Keeffe – Source : medium.com

Ayant délaissé le violon au profit des pinceaux dans sa jeunesse, la musique a cependant eu une grande influence sur son travail artistique. Les formes et les couleurs traduiraient ainsi les ondulations sonores.

Si le public peut parfois voir de l’érotisme dans certaines de ses peintures, elle estime que c’est à leur propre interprétation. Elle cherchera par ailleurs à s’éloigner de l’abstraction pour en éviter les interprétations érotiques. Mais ses tableaux seront souvent repris par le mouvement féministe pour sa mise en avant de l’érotisme féminin.

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Series I, no 8, Pink Line de Georgia O’Keffe – Source : France Culture

Pour encore parler d’art, n’hésitez pas à aller jeter un œil à l’édition de Parlons d’Art ! de la semaine dernière spécial Portraits, où nous vous parlions notamment de Elisabeth Vigée-Lebrun et de La Jeune fille à La Perle. Nous vous invitons également à aller (re)découvrir notre chronique littéraire sur le roman A Feu et A sang, qui mêle à la fois introspection et fantasy !

A mardi prochain pour une nouvelle chronique Parlons d’Art !

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